Point sur les déplacements et l'aspect comportemental de la Bête.


D'après Roger Ouillon - LA BETE DU GEVAUDAN, CE N'ETAIT PAS UN LOUP (2013)

"[...] C'est avec l'invention des platines à silex qu'on a mis au point les canons rayés des pistolets, puis des carabines, ce qui rend le tir beaucoup plus précis. A L'époque de la Bête, il y'avait déjà des canons rayés et beaucoup de fusils de chasse étaient équipés de deux canons. Les pistolets à silex de cette époque étaient aussi très souvent équipés de deux canons. Ces armes pouvaient tirer des plombs plus ou moins gros ou des balles. Les armuriers de province étaient capables de modifier toutes les armes de chasse de l'époque et d'en accroître le rendement et la portée. Ces modifications intervenaient sur un petit nombre de fusils, appartenant la plupart du temps à des nobles ayant leurs armuriers attitrés. Il était donc courant que les fusils militaires soient en qualité et performance, très inférieurs aux armes de chasse. [...]".


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La Bête, un animal aux moeurs alliénées par une domestication.

Une étude approfondie des déplacements de la Bête entre 1764 et 1767 laisse souvent perplexe, et l'on comprend mieux pourquoi les habitants du Gévaudan lui attribuait à l'époque le don d'ubiquité. 
Sur un territoire qui concerne 5 départements, de Saint-Etienne de Lugdarès, en Ardèche jusqu'à Védrines Saint-Loup, dans le Cantal, en passant par Saint-Chély dans l'Aveyron, la Bête a fait preuve d'une étonnante capacité de déplacement, comme en témoigne la liste des victimes présentée sur le blog.
La question qui se pose donc est: un animal seul peut-il couvrir d'aussi grandes distances, en des intervalles parfois très restreints, et si oui, quels pourraient en être les motifs et les raisons ?
Afin de répondre à cette question de la façon la plus objective qui soit, il convient tout d'abord de rappeler que le contexte géographique était bien différent au 18ème siècle de celui qu'on connaît aujourd'hui: la forêt occupait une part moins importante du territoire et les voies de circulations étaient précaires, voire inexistantes. 
Cette situation évidente d'isolement géographique dont souffrait le Gévaudan freinait notamment le développement de la région et l'ouverture de ses habitants aux renouvellement des idées, que la Philosophie des Lumières répandait ailleurs dans les villes.

L'étude des déplacements de la Bête met en évidence qu'elle a d’abord beaucoup voyagé avant de se cantonner dans les alentours de Saugues et de la région que l'on nomme couramment la région des Tois-Monts, en référence aux trois sommets qui la dominent et qui marquent ses extrémités: le Mont-Mouchet, le Mont-Grand et le Mont-Chauvet.
Malgré la répartition géographique assez vaste des attaques et la nature quelque peu désordonnée du trajet de la Bête, au commencement de l'affaire surtout, un pointage cartographique précis livre finalement un ensemble relativement cohérent et homogène, que l'on peut d'ailleurs différencier en zones selon les années. 


Répartition géographique des victimes.
Départements concernés: Cantal, Haute-Loire, Ardèche, Lozère, Cantal.

 Pour l'année 1764
Départements concernés: Cantal, Haute-Loire, Ardèche, Lozère, Aveyron

 Pour l'année 1765
Départements concernés: Cantal, Haute-Loire, Lozère, Aveyron

 Pour l'année 1766
Départements concernés: Cantal, Haute-Loire, Lozère

Pour l'année 1767
Départements concernés: Cantal, Haute-Loire, Cantal


Grâce à ces cartes, nous voyons que la Bête progresse dans le temps au point d'atteindre l'extrémité nord de son aire d'action , où elle se fixera définitivement.

En premier lieu, la Bête cherche toujours un endroit où s'établir, mais le fait qu l'on soit constamment lancé à ses trousses l'oblige à fuir au bout d'un certain temps. Ce qui explique les bonds fréquents d'un endroit à un autre, distants de plusieurs dizaines de kilomètres, dont la Bête était coutumière au début de l'affaire. 
Il est toutefois intriguant de constater que la Bête, plutôt mobile et sensible à la pression des battues dans un premier temps, décidera finalement de se cantonner dans un secteur très précis.

Posons-nous maintenant la question de savoir si la Bête était un animal sauvage ou apprivoisé, compte tenu des traits principaux qui soulignent sa façon d'agir.
La Bête dénote d'un comportement relativement étrange compte tenu des caractères propres à des individus normaux dont l’instinct commanderait de fuir, du moment que leur vie est menacée. 
Quel animal sauvage se risquerait à attaquer des humains en de telles proportions ? 
Et quelle aurait été la raison à ce que des animaux sauvages, quels qu'ils soient, décident de s'en prendre subitement à des humains ? 
D'une certaine façon, la fréquence des attaques imputées à la Bête laisse sous-entendre que son régime alimentaire n'était pas exclusivement tourné vers l'espèce humaine; elle ne tuait pas des humains tous les jours, ce qui met à mal l'idée que sa motivation première pouvait être de subvenir à des besoins élémentaires quotidiens. 
L'on pourrait comparer le comportement de la Bête à celui d'un individu opportuniste qui s'attaquerait à des humains lorsque l'occasion se présente mais il faudrait pour cela que le contexte s'y prête et l'explique entièrement, ce qui n'est pas le cas dans cette histoire. 
En effet, les attaques ont commencées au mois de juillet, en plein été, et à cette période, l'environnement ne manque pas de ressources en gibiers et autres proies naturelles.
La nécessité d'assurer la survie et la pérennisation de son espèce est inscrit dans le code génétique de chacun. La survie, cela passe évidemment par le fait de devoir se nourrir régulièrement; la pérennisation, par le fait de se reproduire mais également par celui de pouvoir assurer la sécurité de tous ses semblables. Or, nous avons justement à faire à un animal, dans le cas de la Bête du Gévaudan, qui, de par son comportement, va à l'encontre de ces règles naturelles, élémentaires et normalement innées à tout individu .

En guise de conclusion, je dirais que la Bête ne peut donc être qu'un animal "déviant" de ses instincts originels, dont la motivation principale pour attaquer l'Homme n'est pas de se nourrir.
Cet aspect comportemental insolite ne peut s'expliquer, à mon sens, que par le fait qu'elle ait vécue assez longtemps au contact des Hommes, et qu'elle ait appris, de fait, à ne pas les craindre . 
Dans ce cas, la Bête apparaît donc comme étant un animal dont les mœurs sauvages ont été aliénés par une domestication. 

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